Des chefferies aux premiers États dans l'Europe de la Protohistoire

Patrick Pion

Publié le 26 mars 2013 Mis à jour le 15 juillet 2014

Au Proche-Orient comme en Asie, en Amérique comme en Afrique, les groupes humains qui ont adopté une économie agropastorale donnent rapidement naissance à des sociétés « complexes » hiérarchisées, inégalitaires et fortement expansionnistes, dont les grandes civilisations urbaines illustrent un aboutissement spectaculaire. Le cours explore les chemins de ces mondialisations passées à partir d’une étude de cas : les sociétés barbares d’Europe occidentale des trois derniers millénaires avant notre ère, que les auteurs grecs et latins évoquent tardivement sous le vocable générique de Celtes.




En France, l’étude de ces sociétés, qui sont à la charnière entre Préhistoire et Histoire du fait de la dualité des sources et des traditions académiques, relève de la Protohistoire (période que l’on n’aborde ni à l’école primaire - où ces sociétés sont réduites le plus souvent à la présentation succinte et exotique des « gaulois » -, ni au collège ou au lycée où sont abordées les grandes civilisations du pourtour de la Méditerranée - l’Egypte, la Grèce et Rome principalement -). L’archéologie en constitue la seule source de connaissance jusqu’aux premières mentions écrites chez les auteurs grecs et latins, à partir du Ve siècle av. n. è. seulement. Ces témoignages « externes » livrent alors à qui sait en traverser les filtres une foule d’informations qui, confrontées à celles de la culture matérielle, participent à une meilleure compréhension de l’organisation de ces sociétés barbares d’Occident et des mécanismes de leurs transformations.
Très courte à l’échelle de l’histoire de l’humanité, cette période prend racine dans le Néolithique. Contemporaine de la naissance et du développement des premières civilisations urbaines au Proche-Orient et en Méditerranée, elle couvre ce qu’il est convenu d’appeler les âges des Métaux, et se clot en Europe occidentale avec les étapes de la conquête romaine, ou un peu plus tard dans les aires septentrionales où elle n’eût pas lieu. Elle est caractérisée par une cascade d’innovations techno-économiques, sociales et culturelles qui sont les indices de l’émergence de systèmes sociaux radicalement nouveaux, qui varient dans le temps et l’espace tandis que se renforcent les interactions avec le monde méditerranéen. Ces dynamiques d’intégration de communautés locales en entités socio-territoriales étendues et diversement organisées sont le ferment de l’ethnogenèse des « peuples » qui, regroupés sous le nom de Celtes (auquels s’adjoindront plus tardivement les Germains), effraieront tant Grecs et Romains. Inscrit dans la longue durée, le phénomène conditionne largement la compréhension des sociétés européennes aux temps historiques.

Adossé aux concepts de l’anthropologie sociale et développé dans une perspective comparatiste, le cours présente les transformations de ces sociétés au cours des trois derniers millénaires av n. è. et en discute les mécanismes sous l’éclairage de différents courants théoriques. Un élargissement de la perspective au pourtour de la Méditerranée et au-delà montre que des processus analogues ont induit ailleurs des effets comparables, et ouvre en retour une réflexion sur ce qui constituerait la spécifité des Celtes.

La plupart des séances sont préparées ou prolongées par des lectures d’articles dont les principaux et les moins accessibles sont fournis sous format PDF au début du semestre.

La plupart des séances sont préparées ou prolongées par des lectures d’articles dont les principaux et les moins accessibles sont fournis sous format PDF au début du semestre.

Modalités de contrôle
  • Contrôle continu : 1 fiche de lecture d’un article scientifique en anglais (30%) / 1 dossier sur sujet ou thème à déterminer avec l’enseignant en fonction de vos centres d’intérêts particuliers (30%) / un partiel (devoir sur table d’une durée de 2 h, 40%)
  • Contrôle terminal : 1 devoir sur table d’une durée de 2 h, comportant plusieurs questions qui combinent connaissances et réflexion mais appellent des réponses concises.

Bibliographie indicative
  • MOHEN J.-P., TABORIN Y., 2005 : Les sociétés de la préhistoire. Paris, Hachette, U-Histoire, 2005 (livre 2) (réed.)
  • CHAPMAN R., 2003 : Archaeologies of complexity. London-NewYork, Routledge, 2003
  • GALLAY A., 2006 : Les sociétés mégalithiques. Pouvoir des hommes, mémoire des morts. Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, col « Le savoir suisse », 2006
  • KRISTIANSEN K., 1998 : Europe before History. CUP, New Studies in Archaeology, 1998
  • HARDING A., FOKKENS H. (eds) : The Oxford Handbook of the European Bronze Age, Oxford 2013
  • CARROZA L., MARCIGNY C., 2007 : L’âge du Bronze en France. Paris, La Découverte/Inrap, 2007
  • BUCHSENSCHUTZ O., 2007 : Les Celtes. Paris, Armand Colin, Civilisations, 2007
  • BRUN P., RUBY P., 2008 : L’âge du Fer en France. Premières villes, premiers Etats celtiques. Paris, INRAP/La Découverte, 2008
  • GARCIA D., 2004 : La Celtique méditerranéenne. Errance, 2004.
  • GOUDINEAU C., (dir), 2006 : Religion et société en Gaule. Errance/Pôle archéologique du département du Rhône, 2006 (catalogue d’exposition)
  • MALRAIN F., MATTERNE V., MENIEL P., 2002 : Les paysans gaulois. Paris, Errance 2002.
  • RENFREW C. 1990 : L’énigme indo-européenne. Archéologie et langage. Flammarion, « Histoire », 1990 (plusieurs réed. en poche dans la collection « Champs »).
Et bien entendu et pour le plaisir :
  • JULES CESAR : De Bello Gallico (La Guerre des Gaules), multiples éditions
  • TACITE : Germania, Les Belles Lettres, col Budé.

Mis à jour le 15 juillet 2014